Gulbis, roi du suspense
Embarqué par Edouard Roger-Vasselin dans un troisième set périlleux, le prodige letton Ernest Gulbis a su retourner en sa faveur une situation bien compromise. Du grand art !
Une dernière volée déposée hors de portée d'Edouard Roger-Vasselin, une poignée de mains rapide à son valeureux adversaire et Ernest Gulbis a pu aller se réfugier dans les bras de son père pour savourer sa victoire.
Après quasiment deux heures d'un féroce combat entre deux protagonistes peu avares de leurs efforts, ni de leurs courses aux quatre coins du terrain, le Letton de 18 ans a fini par prendre le meilleur sur son aîné français de six ans. Pour aussi briser net le rêve secret de celui-ci d'être le premier joueur issu des qualifications à s'imposer sur les courts du Trébignon.
Et si Roger-Vasselin égale l'Américain Eric Taino, déjà auteur de ce parcours presque parfait en 2003, on retiendra surtout que le Français a non seulement remporté un set mais qu'il a eu vue sur la victoire lorsqu'il prit le service de son adversaire d'entrée de troisième set.
« A 2-0, je savais pourtant que tout restait à faire, surtout qu'à ce moment, la fatigue commençait de plus en plus à se faire ressentir. C'est aussi à cet instant que j'ai commencé à perdre 10Km/h sur mon service. Au lieu de claquer des premières balles à 180, voire 185km/h, j'arrivais péniblement à 170km/h », confiait le Parisien. Un Parisien qui tentait de se relever (moralement) de cette défaite comme un boxeur qui vient d'encaisser un terrible uppercut.
Avant de constater lucidement mais le regard encore vide : « C'est au moment où j'en avais le plus besoin que je n'ai pas su enfoncer le clou... ».
Malmené depuis un set et demi et devenu extrêmement nerveux (tendance que ses jets de raquette répétés entre la fin de la deuxième manche et le début de la troisième confirmèrent) alors qu'il avait enlevé le premier set sans contestation possible avec break dès le premier jeu de service de Roger-Vasselin, Ernest Gulbis sut cependant puiser au plus profond de ses réserves pour retrouver son tennis et la maîtrise des opérations.
Une attitude « moyennement » appréciée par son adversaire : « Je n'ai pas aimé son comportement lorsqu'il balançait sa raquette. J'avais l'impression qu'il me prenait de haut. En même temps, c'est vrai que ça me motivait pour m'accrocher en plus et le pousser à la faute ».
Mais beau joueur et surmontant son immense déception, le sociétaire du team Lagardère ajoutait : « Même si à force j'avais de super repères sur ce court, il faut reconnaître qu'Ernest a sorti un grand match aujourd'hui ».
De son côté, Gulbis, voyait les choses sous un autre aspect : « Il fallait que je me fasse violence parce que plus le match avançait, plus j'étais tendu. Et franchement, je suis très content de m'en être sorti face à Edouard... ».
Un peu en retrait, mais jamais très loin de son protégé, Niki Pilic avançait pour sa part un argument des plus recevables : « Après son premier set où Ernest a maîtrisé tous les paramètres du jeu, il a voulu ajouter la manière. Gagner et jouer bien en même temps, d'où ses sautes d'humeur qui n'ont heureusement pas eu de conséquence sur la finale. Moi, je lui demandais simplement de gagner sans en faire des tonnes. C'est sûr, ça lui servira de leçon... ».
Bertrand JOLIOT
